
Le nom du village de Lathuy s'écrivait d'abord Latuwit (1075 environ, 1403-1404 ; en flamand Laetwyc, 1383, 1415-1416 ; ou Laerwyc, 1374) et pourrait venir des mots germaniques : laet, lète, tenancier, et wyc, dérivé du latin vicus, hameau. Les formes wallonnes Latuit (1209, 1223, 1230, 1248, 1253-1254, 1273, 1278, 1345, 1441, 1464, 1472), Latuyt (1251, 1459-1460), Latuwy (1413), Lathuit (1436, 1492), Latuy (1438, 1666), Lathuy (1566, 1713, 1717, 1773, 1787, Le Roy), Latthuy (1646), Lathuict (1654-1656), ne sont que des modifications de l'orthographe primitive. Dans la localité on prononce I.authu. Il importe de remarquer que la préfixe lat se retrouve dans un certain nombre de noms de lieu d'origine gauloise. Outre le peuple des Latobriges, qui habitait la Pannonie, et la ville de Latiniacum (Lagny, dans le département de Seine-et-Marne), on peut citer en France : Lattes, jadis Latara (département de l'Hérault), le Latet et la Latelle (département du Jura), Latillé, près de Poitiers ; Latilly département de l'Aisne).
La commune de Lathuy est limitrophe de celles de Jodoigne-le-Marché, de Jodoigne-Souveraine, de Dongelberg, de Piétrebais et de Melin. Elle est située à 2 kil. S. de Melin, 2 1/2 kil. N.-O. de Jodoigne-Souveraine, 3 kil. N. de Dongelberg, 4 kil. 0. de Jodoigne-le-Marché, 5 kil. E-S.-E. de Piétrebais, 43 1/2 E.-S.-E. de Bruxelles, 47 kil. E.-N.-E. de Nivelles. L'église se trouve située par 56 grades 35 de latitude N. et par 2 grades 76 de longitude E.
Le procès-verbal de délimitation de la commune a été ouvert le 28 décembre 1816 et clos le 30 avril suivant. Le cadastre divise le territoire de Lathuy en trois sections : la section A ou du Village. la section B ou de Brocuy. la section C ou de la section. Au 1er janvier 1865, ces sections se trouvaient morcelées en 1,522 parcelles, appartenant à 396 propriétaires, donnant un revenu cadastral de fr. 47,196-56 (sol : 40,096-56 ; bâtiments : 3,100-00) et ayant une contenance de 690 hectares 87 ares 10 centiares (imposable : 672 hect. 90 a. 10 ca. ; non imposable : 17 hect. 97 a. 00 ca.). Cette contenance globale se subdivisait ainsi en 1834 :
En 1686, la contenance imposable des villages de Lathuy et de Piétrebais était évaluée à 949 bonniers, dont 778 b. 3 journaux de terres arables, 9 b. 3 j. de terres libres de dîmes, 4 b. 1 journal de prés, 15 b. de prés banaux, 135 b. 1 j. de bois, 6 b. de communaux.
On comptait: eu 1374, 105 ménages ; en 1436, y compris Piétrebais et une partie de Jodoigne, 95 foyers ; en 1464, y compris Piétrebais, 81 foyers ; en 1472, 75 foyers ; en 1492, 30 foyers ; en 1526, 53 maisons, dont 5 à 2 foyers ; en 1686 , 53 maisons, 1 brasserie et 2 tavernes ; en 1856, à Lathuy seulement, 152 maisons.
Lathuy, qui compte 129 maisons, Brocuy, hameau de 20 maisons, Haypeau, 3 maisons. Le village de Lathuy est bâti en majeure partie dans un vallon arrosé par le ruisseau dit de Francour, d'après le nom que l'on donne ( Francort, 1248 ; Francourt, 1456 ; Warisseis de Francourt, 1459-1460) à la partie de l'agglomération située au N.-E. du village. Une déclaration du doyen de Jodoigne, du 18 décembre 1704, en présente une peinture exacte en disant que la plupart des habitations sont situées près des communes, « qui sont toutes entrecoupées de ruisseaux, fontaines et autres décharges d'eau, qui en font un marais d'un très difficile passage. » Quelques habitations sont groupées le long d'un chemin à proximité de l'église et de l'école, sur la hauteur; d'autres sont rangées le long du chemin conduisant au Bois-Saint-Servais. A l'extrémité S.-E. de la commune est situé Brocuy (Brocuit, 1226 ; Brochuit, 1242 ; Bretwyc, 1383 ; Brocwich, 1402 ; Broquit, 1403-1404 ; Brocquit, 1409 ; Brocqui, an XIII), hameau qui se prolonge sous Jodoigne-Souveraine, où il prend le nom de Petit-Brocuy (Ante Petit-Brocquoyt, versus viam dictam des Asnez, 1404 ; Petit-Brocuy, Ferraris). Les deux parties de ce hameau sont situées sur des hauteurs et séparées l'une de l'autre par des prairies ; peut-être doivent-elles leur nom à leur situation : de broek, marais, et uyt, hors ; Brocuy, Broekuyt, signifierait Sors du marais. Dans la partie dépendante de Lathuy se trouvent le château bâti par le général de Beaulieu et appartenant à la famille Pastur (Cense de Broquy, 1774 ; Maison de Beaulieu à Broquy, 1774) et une belle ferme, la Ferme Viré, bâtie à front du chemin, un peu plus à l'O. Quelques maisons voisines de la limite de Piétrebais dépendent du hameau de Happeau (Hapau, 1436 ; Hapa, 1560; Happaux, Oudiette ; Happeau au XIII ; Hapaux, Ferraris), dont la majeure partie se trouve sur le territoire de Piétrebais. Il y a existé une Cense du Happeau (1730, 1767), qui a longtemps appartenu à la famille Godfroid.
A 1,500 m. vers le S.-S.-O., la Cense Hémomé ( Hémommé, 1770 ; Cense Aimomé, Oudiette), ferme voisine de la limite des communes de Jodoigne-Souveraine et de Dongelberg ; à 1,200 m. vers l'O., les ruines de la Tour de Beaulieu (Bellus locus, 1251 ; Beaulieu, 1294, 1474, Oudiette ; Beaulieu emprez Latuy, 1470-1471 ; Biaulieu, 1474), tour qui était le seul reste d'un ancien manoir ; à 1,600 m. vers le N.-O., la Chapelle Sainte-Geneviève ou de Cricourt.
Bois Saint-Servais ; Champ du Bois Saint-Servais (Campagne des Anges, appelée à présent Campagne Saint-Servais, à la Chaude Voye, 1752) ; Bois Bastiane (177b) ; Fond de Melin (1762) ; Bois Jean Delvaux (1550 ; Bois Delcaux. près du chemin de Jodoigne à Wavre, 1773) ; le Haut-Bauqueau (Chemin du Bauquau, 1743 ; Haut-Boucart, 1770) ; Champ de la Pierre (Bonier al Pierre, au chemin de Lathuy à Tirlemont, 1774) ; Cortil Bins (1746) ; la Chaude rue (Chaude Voye, 1752) ; la Vallée Chavette (Chavée Chouette, 1716) ; Bois le Bâtard ; Buisson des Chiens (1754) ; les Dix bonniers ; le Haut Chemin (1776) ; Château Van Erps ; Grand pont ; Petit pont ; Baty del Ville (Baty de Ville, 1743) ; Baty Delmey (Baty del Mée, 1550), ainsi appelé de la Cense del Met (Cense del Mée, 1550; Ferme del May, au Chemin de Nivelles, 1787 .jadis propriété du chapitre de Nivelles, aujourd'hui appartenant a M. Goes ; Chemin du Vénérable ; Chemin de Saint-Hubert, qui doit son nom à une chapelle actuellement démolie ; Tilman, jadis A bannière Tilleman (1729) ; le Gros tienne ; Champ d’Hudeleau ; Pré des Bergers ; Trou des Loups ; Chemin des Anes (Voye des Asnes, «entre Lathuy et Brocuy, » 1761) ; Aux Blanches fontaines (1743,1782) ; Campagne de Florson (1782) ; le Sablon ; Bois de Brocui ; Bois de Hemptinne (1550), dont l'étendue était de trois bonniers, en 1780 ; Champ de la Tour, ainsi nommé des ruines de la Tour de Beaulieu ; Cortil Goubloux ; Bois Ruelette (Bois Ruatelle, 1774 ; Bois Rouallette, 1776) ; Longue haie (les Longues Haïes, au tige conduisant de Brocquy à Gailbiet, 1776) ; Champ d’Hémomé ; Pierres aux Vallées, (1770 ; Piraux Vallée, 1728 ; Pirau Vallée, 1743 ; aux Piraux Vallées, 1752) ; Bois Pèlerin (Bois de Pelleraine, 1775) ; Champ Saint-Orban (Chemin Saint-Orban, au Happeau, 1774, 1783) ; Chemin Saint-Antoine (1716).
La Sauselle (1774, 1780) ; Brulcrat ou Brulviat (1776) ; A la Spinette (1776) ; Al Maltripe, deseur la Table, près le bois de Hemptinne (1776) ; Campagne de Mal Cosin ( 1755, 1778) ; Campagne de Buis, « à la piecente tendant au Bois le Bastard » ( 1747) ; Bois Mahaut (1786) ou Mahau, près de Francour (1780) ; Bois à Ruelle, derrière Galbiet (1775) ; Bois Boisac, près le bois Saint-Servais ; au chemin de Wavre à Jodoigne ( 1780) ; Bois Marguerite, au chemin de Jodoigne à Roux-Miroir (1782) ; Bois Henri de Biaullieu (XVe siècle) ; Cortil al Haise (1774) ; Cortil Salmon (1730) ; Cortille Jossau (1743) ; Cortil de Fooz (1743) ; Courtil de Villers, à Brocuy (XVIIe siècle) ; Chapelle de Beaulieu (1774) ; Fosse Coquillion (1752) ; Cortil Margueritte ( 1728) ; Vieux chemin dit le Verd gazon (an VI) ; la Large Voie ( 1787) ; Chemin de Hougarde à Gillyb; le Hutteau, au Haut chemin de Hougarde à Longprez (1780)b; les Mineures, Cortil Rondeat, Cortil al Hauche (1727) ; Haut chemin de Nivelles, entre Jodoigne et Lathuy (1776) ; Cortil Chartreux (1743) ; Cortil Francotte, à Francour (1743) ; Cortilz al Haye, Vallée Hubot, Terre au Cailla, Ruelle aile Fonteyne ,le Bois Hauguem, Cortilz del Hassertes, Horque de Thierlemont, « près la piedsente qui va de Lathuy à Jodoigne », Vallée Souvet, Bois des Béguines de Thirlemont, Bois Bossela, entre Piravallée et le Bois Hauguem, le Bonnier Sartage, le Bois Baudin, Terres aux Tables, qui appartenaient aux pauvres du village, Croix Hame Crasse, En Gerdenvaux, Al Saulbonne, Courtil al Viqne, Courtil Soullemont, En Boisselet, En Gironpret, Courtil Belle-Dame, Alle Poullye Voye, Courtil Robert, cités en 1550. Le baron Le Roy parle d'un hameau appelé Gollectuez, qui aurait été reconnu constituer une dépendance de Lathuy, du temps du bailli Jean de Bossut ; nous n'en avons jamais trouvé la moindre mention et nous supposons qu'il y a ici une mauvaise lecture du mot Gottechain.
Le sol de la commune est assez accidenté. Le centre du village se trouve dans une vallée qui s'ouvre vers le nord-est et qui se forme de deux dépressions venant de l'ouest. Le terrain est partout fertile, mais il est argileux à Brocuy, sablonneux au Happeau et pierreux à Francourt. Le point culminant du territoire se trouve dans le premier de ces hameaux. Dans la vallée, le sous-sol est formé par le système inférieur du terrain rhénan ; sur les coteaux adjacents domine le système bruxellien, qui se montre également près de Happeau et à Brocuy ; tandis que le restant de la commune appartient au système laekenien. Le système bruxellien affleure en quelques endroits, sur la pente des coteaux bordant la vallée de Lathuy, et le système laekenien à la crête de ces coteaux et à proximité du Happeau. Partout ailleurs le sol est formé du limon hesbayen du système diluvien. Il existe à Lathuy environ 25 carrières de pierres blanches (calcaire), qui s'emploient pour la bâtisse.
Tout le territoire de Lathuy appartient au bassin de l'Escaut. Les ruisseaux qui l'arrosent sont le Ruisseau d’Hussonpont et celui de Brocuy. Le premier, qui se jette à Geest-Saint-Kemi dans le Gobertange, affluent de la grande Gette, prend sa source à Lathuy, à l'extrémité S.-O. du centre du village, traverse toute l'agglomération des habitations et sort en même temps du hameau de Francourt et du territoire de Lathuy, pour entrer dans Jodoigne-le-Marché, après un cours d'environ 1,800 mètres, dans la direction du N.-E. On l'appelle quelquefois le Ruisseau de Francourt (1459-1400), mais son véritable nom me semble être le Chebais, nom qui est resté à une ferme dépendante de Jodoigne-le-Marché. Le Ruisseau de Brocuy ou du Pré Pastur, affluent de la grande Gette, vient de Dongelberg, sépare ensuite Lathuy de Jodoigne Souveraine, se divise en deux branches dans les dépendances du château de Brocuy, et rentre dans la commune de Jodoigne-Souveraine, après un parcours, en partie mitoyen, d'environ 1,700 mètres, dans la direction du N.-E . Il y a deux étangs : l'un, de 15 ares, au Château de Brocuy, l'autre, de 5 ares, au Château Van Erps. Les habitants utilisent l'eau de plusieurs fontaines, telles que la Fontaine Marianne et la Fontaine Mahaut, à Lathuy ; la Fontaine Saint-Jean, à Brocuy.
On comptait : en 1709, 229 habitants ; en 1784, 466 habitants : 71 hommes, dont 1 prêtre. 70 femmes, 85 garçons et 80 filles âgés de plus de 12 ans. 80 garçons et 80 filles âgés du moins de 12 ans (dans la paroisse : 463 personnes, dont 150 hommes et garçons âgés de plus de 12 ans, 148 femmes et filles âgées de plus de 12 ans, 75 garçons et 90 filles âgés de moins de 12 ans) ; en l'an XIII, 432 habitants, dont 18 à Brocuy, 30 au Happeau et 20 à Cricourt ; au 31 décembre 1831, 635 habitants ; au 31 décembre 1856, 699 habitants ; au 31 décembre 1867, 717 habitants. Les registres des baptêmes, des décès et des mariages commencent en 1694.
Il n'existe plus qu'un seul bois. le Bois Saint Servait, comprenant 33 hectares et qui appartient à la famille de Robiano. D'après les recensements généraux, les exploitations agricoles se classaient de la manière rapport à leur étendue :
La seule exploitation de plus de 50 hectares est la ferme de M. Philippe Goes, qui comprend 66 hect. 15 ares. Le nombre des animaux domestiques constaté à Lathuy par les recensements généraux s'élevait â :
Les terres exploitées par les cultivateurs de la com-mune se répartissaient ainsi :
Ce chiffre total se subdivisait en biens exploités :
En moyenne l'hectare de terre était estimé à:
L'ancienne verge linéaire a 16 1/2 pieds de Louvain.
Il n'existe à Lathuy d'autre usine qu'une fabrique de sucre de betteraves, qui a été établie par M. Eugène Raeymaeckers, en vertu d'une autorisation en date du 4 mai 1864. Les bâtiments, qui ont été construits sur les plans de M. Charles Drossart, se trouvent à l'extrémité N.-E. du village. Ils renferment des fours à calciner les os et à revivifier le charbon animal, une machine à vapeur, à haute pression, de la force de 20 chevaux, et 3 chaudières à vapeur fonctionnant à la pression de quatre atmosphères. Cette usine, qui appartient actuellement à MM. Paillet et Raeymaeckers, donne du travail à 110 ouvriers et à 40 ouvrières. Les brasseries, dont l'une, la Brasserie Jood, avec distillerie, se trouvait dans le centre de la commune, et l'autre, la brasserie Pastur, faisait partie du hameau de Brocuy, ne sont plus en activité. Un certain nombre d'habitants s'occupent de la taille des pierres blanches ou émigrent pendant une partie de l'année pour exercer cette profession. Il y a, en outre, une affinerie de lin, comptant trois ouvriers.
La chaussée de Wavre à Hannut traverse la commune sur une étendue de 1,550 mètres. Il y a 61 chemins vicinaux et sentiers, mesurant ensemble 40,827 m., dont 3,802 sont pavés. Le chemin de grande communication qui relie la chaussée de Hannut an chemin de Jodoigne vers Opprebais (n° 28) parcourt Lathuy sur une étendue de 2,812 m.
A la limite de Lathuy vers Jodoigne, à quelques mètres au N. de l'ancien chemin de Jodoigne à Wavre, on voit un monticule qui était jadis surmonté d'un peuplier du pays et qui porte le nom de Gros tienne ; c'est peut-être un reste d'un ancien tumulus. Lathuy parait avoir été habité de bonne heure. Le nom du village, Laetwyck, Laetorum vicus ou Village des Lètes, et celui de Francourt, Francorum curtis ou Manoir des Francs, semblent indiquer que des lètes francs y ont été cantonnés, et cette circonstance explique comment des antiquités provenant de ce dernier peuple ont été découvertes à Jodoigne (Voir Jodoigne-le-Marché/Histoire). A Lathuy même on a trouvé des fondements et un puits, à quelque distance du château de Brocuy, dans une closière, propriété du comte de Clabecq. La majeure partie du village appartenait à des corporations religieuses, telles que le chapitre do Nivelles (qui y acquit un domaine vers l'année 1075), le chapitre de Saint-Servais, à Maestricht (qui y avait déjà des possessions en 1130), le chapitre de Saint-Barthélemy, de Liège, etc. La juridiction de la première de ces corporations était assez étendue, mais les officiers des ducs de Brabant essayèrent maintes fois de la restreindre, comme le constate une charte du duc Henri III, datée du samedi après les octaves de l'Epiphanie, en janvier 1253-1254, et par laquelle le duc ordonne à ses baillis de ne plus causer aucun tort aux chanoinesses, à Lathuy notamment. En 1278, le domaine ducal ne percevait à Lathuy qu'une redevance d'un muid d'avoine, valant 8 sous, plus 26 sous 8 deniers que produisaient des prés donnés à rente. Un peu avant l'année 1459, les habitants du village obtinrent de Guillaume Vander Vekene, receveur du domaine au quartier de Jodoigne, moyennant un cens de 2 sous de Louvain par an, l'abandon de quelques warisseas ou terrains vagues, voisins du Rieu de Francourt et du chemin venant de Jodoigne et allant à Sart-le-Couvert (sous Melin). Ce cens valait 27 livres 18 sous 5 deniers d'Artois, qui furent réduits, en 1616, à 24 livres 14 sous 5 deniers. Une nommée Marguerite Wathy fut condamnée comme sorcière par les jurés de Lathuy et brûlée le 9 juillet 1566. Quelques années après, entre 1572 et 1587, un conflit de juridiction s'éleva entre deux officiers du prince à propos du fermier Guillaume Lhoost. Le drossard de Brabant était venu l'arrêter, mais le grand bailli du Brabant wallon, c'était alors un gentilhomme d'humeur peu accommodante, Jacques de Glimes, fit prisonniers les 12 cavaliers et les 20 piétons que le drossard avait envoyés et les conduisit à Jodoigne, où il les garda quatre jours. Il fallut l'intervention du conseil de Brabant pour mettre fin à cette querelle. Le bailli voulut ensuite, mais sans succès, se faire payer les frais de cet incident, qui s'élevèrent à 350 livres d'Artois ; la chambre des comptes se refusa à admettre ses réclamations. Pendant la révolution brabançonne et lors de l'invasion française, en 1794. Lathuy fut le théâtre de graves désordres. Le général de Beaulieu, enfant du village, mais serviteur dévoué de l'Autriche, avait fait construire un château à Brocuy ; des patriotes fougueux ayant menacé de le piller, le général Vander Mersch ordonna au capitaine Seresia, qui commandait à Tirlemont, d'envoyer un détachement- pour maintenir l'ordre à Jodoigne. Mais le département de la guerre, où dominaient des idées bien différentes de l'esprit de modération qui animait le général, enjoignit à Seresia de rappeler sa troupe à Tirlemont, et le château fut bientôt envahi et livré au pillage. A peine Beaulieu avait-il réparé ce désastre que son habitation favorite fut livrée aux flammes. Le général français Dubois, que Beaulieu avait chassé de Bouillon l'année précédente, faisait partie de l'armée qui envahit le Brabant après la bataille de Fleurus. Pour se venger de sa défaite, ou, selon d'autres, pour punir le général autrichien des actes de barbarie que ses soldats avaient commis à Bouillon, il fit, dit-on, remplir le château de bois, auquel on mit le feu.
Lathuy ressortissait, sous l'ancien régime, à la mairie d'Incourt, partie du bailliage de Jodoigne. Depuis 1795, le village dépend du canton dont cette dernière localité est le chef-lieu. Jadis, le duc de Brabant y avait toute la juridiction et les amendes se comminaient d'après la loi de Louvain. Le 22 août 1630, la juridiction y fut engagée par le domaine au receveur général Ambroise Van Oncle, moyennant 1,000 florins, auxquels Van Oncle ajouta 250 florins, le 9 avril 1638. Le 15 mars 1644, moyennant une surenchère de 1,750 florins, elle devint la propriété absolue de maître Jean Schorenbroot, licencié en droit, premier pensionnaire de la ville de Louvain et qui acquit également le village voisin de Piétrebais (relief du 23 juin 1640). L'acquéreur obtint, à Lathuy, les droits de haute, moyenne et basse justice, le droit de nommer un maire, des échevins, un sergent (preter), la chasse, le vol à l'oiseau, la pèche, les amendes civiles et criminelles, les confiscations pour sortilèges, celles des biens des bâtards et des biens « vaquants, lugans, aubains, mortemains étrangères, desquelles on ne sait le propriétaire, » la visite et la police des chemins, le droit de planter sur les chemins royaux et ordinaires et les places « vagues, vuides et communes », le droit d'ériger des signes patibulaires, etc. A partir de 1646, Lathuy et Piétrebais restèrent unies l'une à l'autre. Seulement, en 1725, les propriétés du receveur des états, Vande Ven, ayant été mises en vente, Lathuy fut acquis isolément, pour 2,850 florins, par François - Philippe d'Ysembart, licencié en droit, seigneur de Baywoort, Mordanpont, etc (r. du 15 septembre 1725). M. d'Ysembart épousa Marie-Antoinette de Flodorp, avec laquelle il testa le 30 avril 1763. M. D'Ysembart renouvela alors la donation de ses biens dans la province de Hainaut, donation qu'il avait faite à sa femme le 20 octobre 1740. Il légua sa moitié dans le domaine de Gailbiez (sous Dongelberg) à son frère François-Joseph d'Ysembart, écuyer-banneret, ancien capitaine au service d'Espagne, à la condition de payer une rente annuelle de 1O0 florins à leur frère René-Joseph et à leur sœur Marie-Françoise, en stipulant qu'aucun d'eux ne pourrait vendre cette moitié, dont la propriété, après leur mort, appartiendrait à Antoine-Othon, vicomte de Flodorp, chevalier, commandeur de l'ordre de Calatrava. Après M. d'Ysembart, son beau-frère, M. de Ciply devait avoir l'usufruit des terres de Lathuy et de Piétrebais, sauf que M. de Flodorp, don Juan de Collin de Ter-Elst, lieutenant de grenadiers aux gardes wallonnes, et le capitaine d'Ysembart y pourraient aussi chasser. M. de Ciply mort, les deux villages se transmettraient comme la moitié précitée de Gailbiez. Quant à Mme d'Ysembart, elle appela à sa succession ses neveux et nièces : le vicomte de Flodorp, sa femme Isabelle, comtesse de Saive, et la sœur de celle-ci, Louise, femme du marquis de Roben, puis, à leur défaut, don Juan de Collin et sa sœur. Mme de Bollart. Aucun des héritiers ne pouvaient aliéner sa part, qui devait faire retour aux survivants, à défaut de postérité, et, pour le cas où toute la lignée des Flodorp serait éteinte, échoir pour une moitié à la baronne de Lados et pour l'autre moitié au capitaine d'Ysembart. Le testateur mourut le dernier et eut pour successeur, comme seigneur de Lathuy, le vicomte Antoine-Othon (r. du 21 mai 1770), qui possédait déjà Piétrebais. Les deux villages eurent pour dernier seigneur le célèbre général de Beaulieu. Outre des échevins, qui sont déjà cités en 1209, Lathuy eut pour administrateurs des jurés, comme nous l'apprenons par une sentence rendue par les échevins de Jodoigne, à la demande de ces jurés, le 14 juillet 1438. Les Archives du royaume possèdent les œuvres de loi des échevins de Lathuy et de Piétrebais pour les années 1747 à 1702, ainsi qu'un registre aux annotations des contrats pour 1708 à 1793, le rôle pour 1703 à 1770, et les œuvres de loi de la cour foncière du chapitre de Saint-Servais de Maestricht jugeant à Lathuy, pour 1726 à 1705. Les ducs de Brabant constituaient dans le village un forestier ou sergent, dont l'office était affermé 3 florins de Hollande, en 1407, valait 30 sous de gros du temps de Charles le Téméraire, et produisait 13 sous 9 deniers au commencement du XVe siècle. En 1383, Lathuy était divisé, sous le rapport administratif, c'est-à-dire en ce qui concernait le paiement des aides ou impôts, en deux fractions : Lathuy proprement dit, et Brocuy, où le duc de Brabant avait des tenanciers (mansionarii ducis) ; la première fut alors imposée à 33 1/3 vieux écus, tandis que la seconde ne payait que 9 vieux écus. Dans la suite, Lathuy n'eut qu'une cote avec Piétrebais et une partie de Jodoigne (1430) ou avec Piétrebais seulement (1404, 1472, 1402, 1526, 1686). Enfin, les deux villages furent séparés sous ce rapport, comme ils l'étaient sous le rapport religieux. Les anciens biens de la commune, qui, dans ces derniers temps, étaient réduits à 1 hect. 36 ares, ont été aliénés. Le budget de la commune, pour l'année 1870, présente les chiffres suivants :
Vers l'année 1075 un prévôt du chapitre de Nivelles, nommé Godescale, après avoir acheté de ses deniers deux petits domaines, Lathuy et Bolines, en fit donation au chapitre de Sainte-Gertrude, en réparation, dit-il dans l'acte qui nous a été conservé, des torts que « son ambitieuse jeunesse » avait causés. Depuis cette époque jusqu'en 1705 l'abbaye ou chapitre de Nivelles posséda à Lathuy et Piétrebais une seigneurie considérable, la plus considérable de toutes celles qui existaient dans ces deux villages. Cette corporation y avait un maire, une cour, dite de Sainte-Gertrude, dont les membres sont parfois qualifiés d'échevins (notamment en 1380) ; un livre censal, qui, vers 1787, produisait en moyenne 22 florins ; la grande dîme, une ferme importante, etc. La ferme, dite Del May ou Del Mez, et dont le souvenir est conservé par le Bâti del Mez, s'affermait, avec 74 bonniers de terres et 10 b. de bois et aunaies, moyennant 1,003 fl. Une partie des terres et des bois qui en dépendaient (43 b. 2 journaux), et qui se louaient moyennant 640 fl. et 1 muid de froment, par an, furent vendus parla république française a la famille Van der Fosse, moyennant 420,000 livres (18 prairial an VI). Rappelons ici que la ferme ayant été incendiée par les troupes françaises pendant l'hiver de 1690-1691, et le locataire s'étant adressé au chapitre pour savoir si ce corps était dans l'intention d'en prescrire la reconstruction, il n'obtint qu'une réponse négative. La dîme (indépendamment de celle de Piétrebais) produisait 1,271 fl en 1787 ; en 1770, la dîme entière du village avait été partagée par tiers entre : 1° le chapitre de Nivelles ; 2° le curé de Piétrebais et 3° le chapitre de Saint-Jacques, de Louvain, et la chapellenie de Saint-Nicolas, de Piétrebais. Vers l'extrémité occidentale de la commune, sur un plateau entièrement mis en culture et actuellement inhabité, on aperçoit un monceau de décombres, éloigné du chemin de 50 mètres environ. C'est tout ce qui reste de l'ancienne résidence de la famille de Beaulieu. Les Beaulieu de Lathuy étaient probablement apparentés avec la lignée du même nom qui devait son nom à un site écarté et pittoresque de la commune d'Huppaye (voir Huppaye) Le premier d'entre eux qui soit cité, Walter de Bello loco ou de Beau Lieu, céda à l'abbaye de la Ramée 4 bonniers situés au Sart, sous Melin, en échange d'un bien d'égale étendue se trouvant à Lathuy, à proximité de son habitation (lettre des échevins de Jodoigne, en date du lundi avant la fête des Rameaux, en 1251-1252) Le 23 avril 1294, Arnoul, fils d'Arnoul de Beaulieu, reçut en emphytéose de l'abbaye d'Heylissem 12 manoers ou manses Le 3 août 1474 , Jean, fils de Gilles de Beaulieu, devait sur sa « maison, » tenure, courtil, jardin, prés, bois, terres, pâturages, etc., de Biaulieu a Lathuy », une rente do 6 muids de blé, mesure de Louvain, que Marguerite, fille de Jean de Dongelberg (morte en 1470), laissa à son mari, Martin D'Oppy ou d'Oupey. Comme Marguerite était un enfant naturel, la chambre des comptes de Brabant réclama cette redevance au nom du prince, et Martin ne put en obtenir que l'usufruit. Jean eut un fils nommé Gilles, dont les héritiers tenaient à cens du chapitre de Nivelles, en 1550, « les maison, tenures, terres, prés, bois, pâtures, qu'on dit de Beaulieu, » d'une contenance totale de 30 bonniers. De Jean de Beaulieu et de Jeanne, fille de Pierre Mouriaux ou Moreel, naquit Pierre de Beaulieu, seigneur de Piétrebais. Celui-ci n'eut qu'un fils, Henri, qui succéda à son père en 1603. L'enfant et le successeur de celui-ci, nommé Pierre comme son aïeul, aliéna Piétrebais en 1635. Nous trouvons, à cette époque, Jean et Adrien de Beaulieu, qui épousèrent tous deux des filles de Jean Piret ou du Piret et de Marie Seekens. Adrien de Beaulieu et Jeanne Piret n'eurent qu'une fille, nommée Françoise, dont le tuteur, maître Guillaume Piret, licencié ès lois, vendit la Cense de Beaulys, le 12 février 1638, à Henri Le Mignon. De Jean de Beaulieu et de Gertrude Piret naquirent un grand nombre d'enfants, entre lesquels le patrimoine paternel fut nécessairement morcelé. L'un d'eux, Jacques, épousa, le 3 février 1647, Catherine, fille de Jean de Lantwyk, seigneur de Genneville et de Marie Collaert, et eut pour enfants : Jean, Philibert, Marie Anne, femme de Pierre Despourneau, Isabelle, Aldegonde, femme de messire Louis Vanderveken, licencié en droit, seigneur de Vaesharselt, échevin de Maestricht, et Marie, femme de Gérard de Hemptinne. Le premier acquit de ses beaux-frères et de sa sœur Isabelle, le 30 mai 1685 et moyennant une rente annuelle de 25 florins, plus 6 fl. par an, que leur oncle François avait laissés à Aldegonde, une maison et dépendances située à Lathuy, avec brasserie, chapelle, etc., le tout d'une étendue de 5 bonniers. Jean s'allia à Jeanne de Hemptinne et en eut, entre autres enfants, deux fils : Jean-Baptiste, et Pierre, avocat au conseil de Brabant qui partagèrent les biens de leurs parents, le 28 juin 1724. Le premier, qui fut chef-maïeur de Jandrain, s'allia à Marie-Isabelle Lebegge ou Lebecq, du village d'Autchard (Autgaerden, à Lumay ), de qui naquit, à Lathuy, le 26 octobre 1725, Jean-Pierre, depuis si célèbre par ses exploits guerriers. Par suite des partages qui s'étaient opérés dans la famille de Beaulieu, son ancienne résidence était devenue la propriété de Pierre de Valois, de Grez, mari de Catherine, fille de Jean de Beaulieu et de Gertrude Piret. D'après une déclaration des maire et échevins de Lathuy, du 10 novembre 1718, ce fut le marquis de Boufflers qui, 29 ou 30 ans auparavant (donc en 1689 ou 1690), brûla entièrement « la cense nommée vulgairement à la Tour de Beaulieu, pour lors appartenant au sieur Vallois », dont les terres restèrent en friche plus de 10 années. A la suite de ces événements, Vallois tomba en déconfiture, et ses beaux-frères se chargèrent de ses dettes et revendiquèrent son avoir, qu'ils se partagèrent en 1712. La tour de Beaulieu « avec la pourprise, ahanière, terres et bois », en tout 9 à 10 bonniers, fut vendue par-devant le notaire Jeau-Charles Stievenaert, le 2 février 1729. Elle fut achetée par Pierre-André-Joseph de Beaulieu, seigneur d'Aubremé, à Grand-Rosière (voir Canton de Perwez, chapitre Grand-Rosière), qui était né, en 1687, d'Antoine de Beaulieu, beau-frère de Pierre de Valois Ce seigneur, qui mourut en 1769 (voir Jodoigne-le-Marché), se voyant sans enfants, laissa ses terres de Lathuy, en tout 19 à 20 bonniers, à Marie-Albertine de l'Escaille, veuve du chevalier Servais-Joseph de Pasteels, lieutenant-colonel (le 12 novembre 1768) ; mais, « considérant que la tour appelé la thour de Beaulieu est un ancien monument de la famille des Beaulieu et voulant continuer ledit bien dans la famille, » il le donna, avec ses dépendances, le 14 septembre 1768, à son cousin germain le baron de Beaulieu, en considération de l'amitié qu'il lui portait, à la seule condition d'en remboîter le prix d'achat et de supporter les charges dont ce bien était grevé. Cette tour constituait une ruine, de forme circulaire, qui présentait alors une certaine apparence ; mais, vendue depuis et acquise par M. Pastur père, il y a 20 à 22 ans, elle a complètement disparu, sauf quelques décombres qui en marquent la place dans la parcelle cotée section C, n° 43, sur un espace de 60 centiares. Dès le XVIIe siècle, il existait une autre Cense de Beaulieu, au hameau de Brocuy. C'est ce bien le château de Brocuy actuel, qui est cité, pensons-nous, aux années 1638 et 1685. Marie-Anne de Beaulieu, sœur du seigneur d'Aubremé, la laissa aux enfants de son parent Jean-Baptiste de Beaulieu, qui en opérèrent le partage le 21 janvier 1769 ; elle fut alors adjugée au baron de Beaulieu et à son frère, André-Joseph, qui renonça en faveur du premier à sa moitié, le 11 avril de la même année. Jean-Pierre de Beaulieu était à peine âgé de dix-huit ans lorsqu'il commença à servir dans l'armée autrichienne. Plein de zèle pour Bon état, il y fit entrer ses trois frères, dont deux (Jean-Baptiste, né en 1728, et Jean-Noël, né en 1736) périrent les armes à la main, dans la guerre de Sept ans. Le premier que l'on appelait aussi Henri, était cadet au régiment de Daun ; le second, enseigne titulaire au régiment d'Esterhazy. Successivement enseigne, lieutenant, capitaine, Jean-Pierre assista à la terrible bataille de Collin (18 juin 1757), en qualité d'aide de camp du maréchal Daun; après s'être brillamment conduit dans cette journée, il fut envoyé à l'impératrice Marie-Thérèse pour lui en faire un récit circonstancié et fut récompensé par le grade de major De retour à l'armée, il se distingua encore au siège de Schweidnitz, aux batailles de Breslau et de Leiten, au déblocus d'Olmutz en 1758. A Hochkirchen, il conduisit une colonne à l'attaque d'une redoute garnie de vingt-huit pièces de canon et qui couvrait le flanc droit des Prussiens, et l'emporta malgré la résistance de l'ennemi. A Zehren, en Saxe, il assaillit, à la tête de deux bataillons d'infanterie, un bois où les troupes de Frédéric II s'étaient établies et menaçaient de couper les communications entre l'armée autrichienne et un corps de 13,000 hommes ; tombant à l'improviste sur un bataillon prussien, il le dispersa complètement, s'empara du bois et du ravin de Zehren, et s'y maintint malgré les efforts de l'ennemi. Il reçut ensuite l'ordre de se rendre à Meissen, et assista â la bataille de Maxen, où il fut chargé de diriger toute la droite de l'infanterie et mérita d'être signalé par le général baron de Sincere comme un « officier appliqué et un soldat intrépide. » Devenu lieutenant-colonel du grand état-major et chevalier de l'ordre militaire de Marie-Thérèse, à la suite de sa brillante conduite à Torgau, de Beaulieu réclama un titre qui était la conséquence de son admission dans l'ordre de Marie-Thérèse. Le 14 mars 1763, il fut, lui et ses enfants des deux sexes, par ordre de primogéniture, créé baron de son nom, nom que ses ancêtres, est-il dit dans ses lettres patentes, avaient modifié en celui de Beauly ; l'impératrice l'autorisa à appliquer ce titre sur une terre à son choix, avec faculté d'y annexer les biens qu'ils acquerraient, et lui confirma le droit de porter les armoiries de sa famille : d'azur, à la fleur de lis d'argent, avec la devise fultum virtute (appuyé sur le courage). Cette faveur lui fut accordée, sans qu'il dût payer le moindre droit ou taxe et sans autre charge que de devoir, lui et les héritiers de son titre, prêter serment de fidélité au souverain Après la conclusion de la paix, de Beaulieu devint colonel et fut chargé de la direction des travaux d'entretien et d'embellissement des palais de l'impératrice. Vers la fin de l'année 1768, il obtint d'être attaché au gouvernement militaire des Pays-Bas et se fixa à Malines ; ses fonctions lui permettant de fréquentes absences, il se plaisait à habiter Lathuy, où il se fit bâtir, à Brocuy, un château, qu'il entoura de beaux jardins et où il réunit une précieuse collection de cartes géographiques, de plans, de gravures, de dessins, de médailles et d'antiquités. Pour favoriser des travaux qui attiraient l'attention sur leur village, les principaux adhérités et manants de Lathuy, réunis au nombre de 80, cédèrent au baron, en arrentement et moyennant une rente de 36 florins, rachetable par 1,200 florins courant, le droit de banalité à la Saint-Jean sur 6 bonniers de prairies voisines de ce bien. La décision qui fut prise a ce sujet, le 27 décembre 1780, porte 34 signatures (parmi lesquelles celles de trois femmes) et 46 marques d'individus ne sachant pas écrire (parmi lesquels figurent 4 veuves et 5 autres femmes) ; elle fut consignée dans un acte notarié, le 2 janvier suivant, et approuvée, le 13 du même mois, par le vicomte de Flodorp seigneur du village. Il ne restait alors à de Beaulieu qu'un seul frère. André de Beaulieu, capitaine au régiment de Daun, qui mourut a Wels, dans la Haute-Autriche (le 6 mars 1782), âgé de 50 ans, 3 jours après avoir testé en faveur des trois enfants du baron, en léguant 50 ducats à celui-ci et à chacune de ses trois sœurs (Anne-Marie, née en 1730 ; Ermelinde, née en 1734, et Isabelle-Aldegonde, née en 1741 ). Lors de la révolution brabançonne, le général de Beaulieu resta fidèle au gouvernement autrichien et contribua énergiquement â la défense du Luxembourg contre les troupes des patriotes. Tandis qu'on livrait au pillage son domaine de Brocuy, il ralliait près de Marche quelques milliers de soldats, débris de l'armée qui avait été chassée de la Flandre et du Brabant, et repoussait les attaques des volontaires. Dans un des nombreux combats qu'il livra alors, il perdit le seul de ses fils qui vécût encore : « Mes amis dit-il à ses officiers avec le stoïcisme d'un Romain, ce n'est pas le moment de le pleurer; il faut vaincre. » Général major depuis le 29 novembre 1789, de Beaulieu fut crée commandeur de l'ordre de Marie - Thérèse le 31 mai 1790 et lieutenant général le 30 octobre de la même année. Lorsque la domination autrichienne fut rétablie en Belgique, on voulut lui désigner le principal auteur de la dévastation de son château : « Ne me le nommez pas. dit-il, j'aurais peut-être un jour la faiblesse de vouloir me venger. » Le caractère du général est tout entier dans ces paroles énergiques ; mais autant il était généreux et loyal, autant il était emporté, et sa brusquerie, l'indépendance de ses allures, lui firent de nombreux ennemis et lui suscitèrent parfois les plus grandes difficultés. Lorsque la république française déclara la guerre à l'Autriche, Beaulieu fut chargé de défendre les approches de Mons. Sa faible colonne, postée sur les hauteurs de Jemmapes, repoussa facilement les troupes du général Biron et, le lendemain, les attaqua à Boussu, d'où elles s'enfuirent vers Valenciennes, en criant à la trahison ( 20 - 30 avril 1792 ). Ce fait d'armes, premier épisode d'une guerre qui devait durer vingt-quatre ans, valut à Beaulieu la propriété d'un régiment hongrois, devenu disponible par la mort du général d'Orosz. Beaulieu fut le premier officier belge à qui cette haute distinction fut accordée ; les Hongrois s'en montrèrent mécontents, et c'est pourquoi le régiment wallon (ou belge) de Vierset fut, en compensation, octroyé à Beaulieu le 22 avril 1704. A la bataille de Jemmapes, où 18,000 Autrichiens soutinrent longtemps les attaques furieuses de 50,000 Français, deux Belges avaient le commandement des deux ailes de l'armée : Clerfayt dirigeait la droite et Beaulieu la gauche. Ils opérèrent leur retraite sans désordre, puis se séparèrent. Beaulieu alla occuper le Luxembourg L'année suivante, il fut chargé d'opérer en Flandre, de concert avec l'armée anglaise du duc d'York ; il défit les Français à Templeuve, les empêcha de profiter de leur victoire d'Hondscote, délivra Furnes, reprit Menin et s'avança jusqu'aux glacis de Lille. En 1704, il fut de nouveau appelé à commander dans le Luxembourg; après avoir soutenu, près d'Arlon, les efforts de toute l'armée du général Jourdan, il reprit l'offensive, délogea les Français de Clairefontaine, mit en déroute le camp de Bellevaux, et emporta, le même jour, la ville de Bouillon, où ses troupes se livrèrent à de déplorables excès, qu'on lui reprocha de n'avoir pas réprimés. Les armées françaises s'étant réunies sur la Sambre, dans l'intention de s'emparer de Charleroi, les alliés se concentrèrent également dans les plaines du Hainaut, Beaulieu contribua puissamment au gain de la bataille de Fleurus, le 10 juin, et dix jours après, lors de la grande bataille du même nom, il avait complètement vaincu Marceau, qui lui était opposé, et avait enlevé le village de Lambusart à la tête du régiment de Kinski, lorsque lui arriva l'ordre de battre en retraite. Beaulieu se retira sur Gembloux et de là vers Liège, très mécontent de l'état-major, où l'on était mal disposé à son égard On lui ôta alors son commandement pour le mettre à la tête des bataillons de grenadiers ; puis, l'empereur François II, informé de sa brillante conduite, lui conféra la grand-croix de Marie-Thérèse et le nomma quartier-maitre général, tandis que Clerfayt devenait général en chef. Mais l'harmonie ne put subsister entre eux et, après quelques altercations, Beaulieu se retira à Vienne, sous prétexte des soins qu'exigeait sa santé. Au mois de mars 1790, on l'envoya à l'armée d'Italie, avec le grade de feld-zeugmeester ou général d'artillerie. Là Beaulieu eut à lutter contre le jeune Buonaparte, dont l'éclatante supériorité était secondée par l'enthousiasme et la vaillance des troupes républicaines, tandis que le vieux général autrichien ne trouvait qu'un appui peu efficace dans le Belge d'Argenteau, qui commandait le centre des Austro-Sardes. Ayant commis la faute de trop étendre sa ligne pour pouvoir couvrir Gènes, son adversaire en profita pour le séparer des Sardes. Il se posta derrière l'Adda dans l'espoir de couvrir Milan ; mais, forcé dans ses positions, à Lodi, il dut se retirer derrière le Mincio. La cour de Vienne lui enleva alors son commandement pour le donner à Wurmser, qui fut également impuissant à arrêter les succès du futur empereur des Français. Beaulieu cessa depuis lors de prendre part aux événements militaires. Il se retira dans une propriété qu'il avait acquise près de Lintz et s'éteignit sans agonie le 22 décembre 1819, à l’âge de 94 ans, laissant la réputation d'un général habile et qui savait électriser le soldat. C'était, dit le baron de Stassart, un homme vigoureusement constitué, d'assez haute taille et d'une sobriété remarquable; il avait l'œil vif et perçant, les cheveux noirs et le teint basané. Il avait perdu, le 10 février 1776, sa femme, Marie-Louise Robert, ancienne lectrice de Marie-Thérèse, et, en 1799, son gendre, le baron de Maelcamp, qu'il avait adopté en lui donnant son nom et qui fut mortellement blessé à Osterach. Le séquestre qui avait été mis sur les propriétés du général fut levé, en 1801, par le préfet du département de la Dyle. Outre la juridiction seigneuriale à Lathuy et à Piétrebais, dont Beaulieu avait fait l'acquisition et qui avait été supprimée par la république française, elles comprenaient le château de Brocuy, 34 bonniers de terres et 3 b. de bois. Beaulieu en avait fait abandon à sa belle-fille, Mme de Maelcamp, qui, devenue Mme Du Moulin, les vendit à la famille Pastur. Celle-ci fit reconstruire le château de Brocuy, où elle habite depuis lors. C'est un bâtiment d'une architecture simple, mais qui ne manque pas d'une certaine grandeur. L'aspect de la façade, qui est percée de cinq fenêtres, est rehaussé par le fronton triangulaire qui la surmonte ; autour d'une cour carrée sont disposés différents bâtiments, parmi lesquels on remarque une vaste grange. Par sa situation sur un plateau, la villa de Brocuy jouit d'une vue très étendue sur tout le pays environnant et, en particulier, vers le Sud, sur le vallon du ruisseau de Brocuy, qui en arrose les dépendances, et sur la vallée de la Gette et de l'Orbais. Ajoutons ici que Brocuy est cité pour la première fois dans un acte du mois de septembre 1220, passé dans un concile ou synode, à Jodoigne, et par lequel l'archidiacre de Liège, Henri de Jauche, déclaré que Hugues, fils de Guillaume Froidure, de Dongelberg, a cédé à l'abbaye d'Heylissem ses droits sur les dîmes de Herbais et de Brocuit. Nous avons vu que les de Beaulieu s'étaient alliés aux Vander Veken. Un chanoine de cette lignée, Louis, écolâtre de Notre-Dame, de Maestricht, laissa ses biens aux Grabowzki. Le 6 juin 1780, quatre frères de ce nom, qui étaient ses petits-neveux : Joseph, Jean, coadjuteur de la cathédrale de Warnie, André et Michel, fils de Jacques Grabowski A Godzendorp et de Sophie Vander Linden, mirent en vente leurs biens de Lathuy, et notamment une cense ou ferme, qui fut achetée par le docteur Jean-André Van Erps, de Tirlemont, moyennant 3,200 fl.; 27 à 28 bonniers de terres, dont chacun devait au chapitre de Saint-Servais un cens annuel de 6 deniers de Louvain ou 5 liards (lequel cens s'acquittait par 28 sous) ; le bois de Hemptinne, comprenant 3 b. et qui fut payé 1,600 fl.; le bois du Four, des rentes valant 36 fl. 6 sous et 8 setiers de seigle. M. Van Erps avait épousé Anne-Marie de Beaulieu, sœur du général. Lui et sa femme avaient pris en arrentement de leurs cohéritiers, moyennant 120 florins par an, une autre maison, avec brasserie, pourprise, jardin et closière contenant un étang, bornée vers l'aval par le chemin conduisant à la chapelle dite de Beaulieu ou à Melin (21 décembre 1758). Sur l'emplacement de ces propriétés, le docteur fit bâtir, dans le vallon de Lathuy, le château connu encore .sous le nom de Château Van Erps. C'est une élégante villa, construite dans un style très simple et dont la principale beauté consiste dans les vastes jardins qui l'entourent. Dans la partie méridionale de la commune, vers Dongelberg, on trouve le Cense d'Hémomez, qui appartient aux de Glimes. Ce bien était, au commencement de XVIIe siècle, la propriété d'Antoine d'Argenteau, Seigneur de Dongelberg. Son héritier, Guillaume-Ulric d'Argenteau, le laissa aux Dolembreux. En 1736, c'était l'objet d'un litige judiciaire entre le baron de Rahier, d'un part, et Jacques Stassart, bénéficier de l'église Saint Jean, de Liège, d'autre part. Le procès, porté des échevins du village par-devant le conseil de Brabant, se termina au désavantage du baron (3 février 1736). Jadis c'était l'abbaye d'Averboden qui levait la dîme des 27 bonniers de terres et de closières, dépendants de cette ferme ; en 1770, cette charge était remplacée par l'obligation de payer une redevance de 40 mesures de blé. Le chapitre de Saint-Lambert, de Liège, comptait à Lathuy des tenanciers. Le chapitre de Saint-Barthélemy, de la même ville, y eut une cour foncière ou censale, dite Francour, composée d'un maire, d'échevins et d'un sergent, des cens seigneuriaux (produit, en 1787, 4 fl.), 15 bonniers de terres (loués 196 fl.), etc. Du chapitre de Saint-Servais, de Maestricht, dépendait une autre juridiction : la court Saint-Servais de Treit elle ville de Latuit, dont le greffe échevinal, pour les années 1726 à 1794, repose aux Archives du royaume. Cette cour était également une cour foncière; les cens seigneuriaux qui y étaient annexés passaient pour les plus considérables du village. En outre, les chanoines de Maestricht possédaient, aux deux côtés du chemin dit la Large Voie, 31 b. de terres et 31 b. de bois, qui étaient loués 850 fl. lorsque les Français les vendirent comme bien national, pour 720,000 livres (22 prairial an VI). Enfin le chapitre d'Incourt (ou de Saint-Jacques, de Louvain) avait la moitié de la petite dîme ( dont l'autre moitié était perçue par le bénéfice de Saint-Nicolas, de Piétrebais), qui valait 94 fl. 7 sous par an, et la dîme des bois, valant 8 fl. 17 sous.
L'église Saint-Martin, de Lathuy, était une église entière, qui fut comprise dans le concile ou doyenné de Jodoigne à toutes les époques. Elle était à la collation du chapitre de Nivelles et jadis elle étendait sa juridiction au spirituel sur Piétrebais, qui fut érigé en paroisse distincte en l'année 1180. Comme cette église avait, au treizième siècle, la réputation d'être bien dotée, des laïques influents la firent donner à des personnes de leur parenté, peu en état de remplir les fonctions pastorales et dont aucune ne daigna desservir elle-même la paroisse, pendant 10 ans environ. Un accord conclu en 1273, le dimanche avant la fête de Saint-Pierre ès liens, entre l'investi ou curé, Walter de Greis, et l'abbesse et le chapitre de Nivelles, mit fin à cet abus. On assigna au curé un tiers de la grande dîme ( dont les deux autres tiers furent partagés, par quarts, entre l'investi de Piétrebais, les deux chapelains de ce village et l'autel de la Vierge, à Lathuy), la petite dîme, les offrandes, 2 1/2 bonniers de terres, une redevance annuelle de 7 chapons ; l'église de Piétrebais devait continuer à payer 3 sous par an à celle de Lathuy, à titre d'église mère, et les paroissiens du premier de ces villages restèrent assujettis à donner la même taxe, pour le luminaire de l'église du second. L'évêque, le chapitre de Saint-Lambert. L’archidiacre Jean de Appia et le recteur (ou curé titulaire) de Lathuy accordèrent leur approbation et apposèrent leurs sceaux à cet accord. Le curé, maître Jacques Lengrand, s'étant plaint que sa cure ne lui valait que 100 florins par an, le vicaire général de l'évêché de Namur lui assigna un supplément de compétence de 250 fl. (30 avril 1053), payable par les décimateurs. Le principal de ceux-ci, le chapitre de Nivelles, ayant réclamé auprès du conseil de Brabant, comme étant le seul juge compétent pour prononcer dans un débat entre brabançons, n'obtint qu'une réduction de cette somme à 150 fl.(9 mai 1654). Un demi-siècle plus tard, le curé B. Parent éleva de nouvelles réclamations, en faisant observer qu'indépendamment des 150 florins dont nous venons de parler, ses revenus ne s'élevaient pas â 200 florins, dont 50 fl. provenant d'une dîme dont le produit était fort irrégulier et variable. Un accord en date du 6 novembre 1705 lui alloua par an 100 ducatons et le casuel, mais il dut renoncer, au profit du chapitre de Nivelles, aux biens formant la dotation de la cure. Enfin, comme le curé Bergilez se plaignait de ne recevoir que 416 fl., outre la jouissance de la cure, en retour de laquelle il était tenu de chanter une messe le jeudi, sa compétence fut portée à 500 fl., le 27 juillet 1781. En 1787, le bénéfice curial valait à celui qui en était investi un revenu de 670 fl. 12 sous. Il existait en outre plusieurs bénéfices, dits de la Vierge, de Saint-Nicolas, de Sainte-Barbe et la marguillerie, ou bénéfice de Notre-Dame seconde, tous à la collation du curé. Le premier, qui était uni au chapitre de Saint-Jacques, de Louvain, et possédait un sixième de la dîme du village et 6 bonniers de terres (revenu, en 1737, 108 fl ); le deuxième, qui avait pour dotation 5 b. environ , et le troisième, dont la dotation était la même (produit, en 1787, 80 fl.), étaient, chacun chargés d'une messe par quinzaine ; la marguillerie jouissait d'un revenu annuel de 163 fl. (en 1751, de 234 fl. provenant en partie d'une dîme se prélevant sur 31 bonniers un journal de terres). Les revenus de la fabrique s'élevaient : en 1787, à 79 fl. 14 sous ; en 1846, à 751 fr. Les biens de l'église comprennent 2 hect. 89 ares. L'église étant on fort mauvais état et le chapitre de Nivelles se refusant, à y faire les réparations nécessaires, le curé, les mambours de l'église et la communauté firent mettre arrêt sur la grande dîme. Le chapitre résolut alors d'intervenir dans cette dépense (25 septembre 1607) Le 22 octobre 1019, ce corps vota encore 445 fl. pour d'autres travaux au même édifice et, le 30 juin 1644, s'accorda avec les habitants du village pour faire disparaître les traces de l'incendie que les Français y avaient allumé en 1635. La visite épiscopale faite dans le temple le 17 mai 1666 en constata la fâcheuse situation, bien que, pour le réparer, le chapitre eût alloué une somme considérable et la communauté hypothéqué les biens de la fabrique. Il tombait fréquemment des pierres du portail, au grand péril des passants ; la nef était sale, le toit de cette nef laissait la pluie pénétrer dans les murs, qui pourrissaient ; le chœur n'avait pas de voûte, la tour manquait à la fois de charpente et de couverture, les murs du cimetière étaient en ruines en beaucoup d'endroits, le pied du calice n'était qu'en cuivre doré, il n'y avait pas de fonts baptismaux, on conservait l'eau sainte dans un vase de cuivre, dans une armoire de la sacristie Les guerres du temps de Louis XIV ne purent qu'accroître cet état désastreux; cependant on s'occupa : en 1674, de la réparation de la tour et du chœur; en 1688, de la couverture de la tour ; en 1700 et en 1732, de la restauration de toute l'église. Pendant le règne de Marie-Thérèse un long procès s'engagea entre la communauté de Lathuy et le chapitre de Nivelles au sujet de l'église du village En 1769, les habitants avaient représenté sans succès, aux chanoinesses de Sainte-Gertrude, que cet édifice ne pouvait contenir les deux tiers de la population. Ils auraient désiré un temple nouveau, ou du moins une nef nouvelle, et offraient de la construire, à la condition que le chapitre contribuerait dans cette dépense pour 3,000 ou 3,500 fl. Le chapitre, au contraire, croyait qu'une dépense aussi forte n'était pas nécessaire, et, d'après l'architecte Dewez, qu'il choisit pour expert, l'église existante pouvait subsister (avis en date du 3 avril 1771). Par les renseignements fournis par ce célèbre artiste, on peut juger de l'ancienneté de l'église Elle se composait d'une tour s'élevant en tête de la nef, d'une nef, avec transept, bordée, vers la droite, par un collatéral ; d'un chœur, à gauche duquel se trouvaient la chapelle de la Vierge et la sacristie. Les fonts baptismaux occupaient la partie inférieure de la tour et la porte d'entrée s'ouvrait au bas de l'unique collatéral. La nef, qui n'avait « tous gîte » que 19 pieds 1 pouce, ne recevait le jour vers le sud, que par deux petites fenêtres, l'une haute de 5 pieds sur 3 p. 8 pouces de large, l'autre ayant 4 p. 4 pouces de haut et 9 pieds de large ; vers le nord, que par une baie éclairant l'escalier de la chaire. Dans le chœur il n'existait que deux fenêtres, de 4 pieds 7 pouces de large sur 6 p 4 pouces de haut, et, dans la chapelle de Notre-Dame, qu'une fenêtre de 6 pieds de haut sur 2 p. 8 pouces de large. La sacristie n'avait que 13 pieds 2 pouces de long sur 9 pieds 2 pouces de large. Au surplus, le beffroi pouvait durer longtemps encore, les murs se trouvaient en bon état, la charpente de la nef et celle du clocher étaient solides, toute l'église était plafonnée sur gîte, avec moulures et panneaux ; le chœur proprement boisé, le grand autel, qui était en bois, remarquable pour un village. Dewez proposa simplement d'élever une chapelle à droite du chœur pour faire pendant à la chapelle de la Vierge, ce qui aurait coûté 2,300 florins, et permis de placer, dans le temple, 451 personnes au lieu de 345. Ce plan, que le chapitre agréa le 23 avril 1771, fut approuvé par le conseil de Brabant le 3 juillet de l'année suivante. Le chapitre de Saint-Jacques, de Louvain, auquel on demanda s'il supporterait une part de la dépense, souleva quelques objections, et la communauté persista à demander une église nouvelle, en conservant seulement la tour, mais le chapitre de Nivelles fit exécuter, en 1773, les travaux proposés par Dewez et qui coûtèrent environ 3,200 florins. En 1789, la contestation se ranima, l'église était très délabrée, la tour caduque. Après bien des discussions, un accord se conclut entre le chapitre et la communauté, le 19 avril 1792. On adopta un plan fourni par l'architecte Wincqz, qui avait reçu pour son travail et ses vacations 165 fl. argent courant et qui venait de mourir. D'après un compte qui fut soumis au chapitre le 12 octobre 1797, la dépense s'éleva à 15,810 fl. 9 sous, somme dans laquelle les travaux entrepris par G. Gilsoul, le 2 mai 1792, figurent pour 10.600 fl. La dépense fut supportée par le chapitre de Nivelles, qui paya 8,698 fl., et par le chapitre de Saint-Jacques et le bénéfice Saint-Nicolas, de Piétrebais qui donnèrent chacun 1,058 fl. Toute la vieille église fut démolie. Un édifice nouveau s'éleva et fut achevé en 1794, au mois de mars. En voici les dimensions telles qu'elles furent définitivement arrêtées. Le chœur, qui est formé de deux travées et se termine par un mur plat, à 30 pieds de long sur 21 1/2 pieds de large ; la sacristie, qui est placée latéralement au chœur, à 19 p. sur 15, la nef a 70 p. sur 36, et est divisée en quatre travées, outre une cinquième qui est occupée par un portail de 11 p. de long, au-dessus duquel s'élève une tour carrée. Les murs de la nef ont 38 p. d'élévation et les fenêtres 10 p de haut D'après les conditions d'adjudication, l'église, même la tour, est en briques, sauf les anglées, qui sont en pierres blanches, le chœur est pavé de pierres grises et bleues, venant de Golzinne, la nef de carreaux de pierres blanches ; les ardoises du toit viennent de Fumay, les fenêtres sont garnies du meilleur verre de Louvain. La construction fut visitée par l'architecte G. André et un autre expert, qui reçurent pour leurs vacations 9fl. 9 sous. Outre le maître-autel, qui est en bois de chêne bien sculpté et provient de l'abbaye de la Ramée, il y a deux autels latéraux, dédiés à la Vierge et à saint Joseph et qui datent de 1858 On vénère à Lathuy, comme patron secondaire, saint Hubert, dont le pèlerinage y est assez suivi. Le tableau d'autel, qui représente ce saint, a été exécuté par un peintre nommé Jacques Locler, aux frais du curé, à qui le chapitre de Nivelles vota de ce chef 23 fl. 10 sous, le février 1790. L'ancienne cloche décimale, du poids de 800 livres, fut fondue par Feraille de Namur, à qui le chapitre donna le métal nécessaire, plus 10 fl. par cent livres pour la façon et 5 écus pour un voyage de Lathuy à Nivelles (résolution du 25 octobre 1713). Cette cloche fut placée quatre ans plus tard ; comme on l'entendait à peine hors du village, elle fut remplacée, en 1777, par une autre, du poids de 1,476 livres L'église est précédée d'un bel escalier et dans le cimetière on voit plusieurs monuments funéraires, dont un surmonte le caveau de la famille Pastur. Il y a à Lathuy quelques chapelles. Celle de Francourt eut probablement un bénéfice particulier, car, en l'année 1248, on mentionne, avec Jean de Beaumont, prêtre de Lathuy, Daniel, clerc de Francour. Celle de Sainte-Geneviève s'appelait autrefois de Cricourt. Jean-Louis Paillet chargea ses héritiers, le 2 septembre 1769, d'y fonder une messe par semaine ; en 1787, ses intentions n'étaient pas remplies, quoiqu'on fît célébrer dans cette chapelle, par le vicaire de Melin, 52 messes par an.
La Table du Saint-Esprit possédait déjà 16 bonniers de terres en 1666 (en 1787, 18 b. ; actuellement 18 hect. 31 ares). Les habitants les plus pauvres se plaignaient alors qu'on n'en distribuât pas le revenu à proportion des besoins. Ils étaient aussi mécontents de la manière dont le mambour de la Table répartissait les 12 halsters de seigle qui se convertissaient, tous les ans, en pains, et le muid du froment que l'on employait de la même manière le jour du Vendredi-Saint. Les registres de la Table, de même que ceux de l'église, étaient alors en la possession du maire, devant qui les comptes de gestion se rendaient, en présence du curé En 1787, les revenus de la Table s'élevaient à 523 fl. Ils ont été récemment augmentés, grâce à la générosité de Marie-Josèphe Mathieu et de Philippe-Joseph Pastur, qui ont donné au bureau de bienfaisance. la première 6,143 fr., le second 4,080 fr. (arrêtés royaux du 18 novembre et du 25 décembre 1860). Le budget du bureau de bienfaisance pour l'année 1870 présente les chiffres suivants :
Jadis le marguillier en titre nommait un des serviteurs de son bénéfice, qui était tenu d'ouvrir école. Cette école a, dans ces dernières années, été établie dans une maison que la commune a achetée pour servir à cet usage (arrêté de la Députation permanente, du 3 novembre 1859), et en remplacement de laquelle une autre habitation vient d'être acquise. On a élevé sur cet emplacement un beau corps de logis. Le nombre des enfants pauvres qui ont été admis par la commune à recevoir l'instruction s'est élevé : en 1858-1859, à 102 : 53 garçons et 49 filles ; en 1869-1870, à 115. La fête communale se célèbre le premier dimanche après la Saint-Hubert (en novembre).
Lathuy a vu naître le général de Beaulieu, dont nous avons parlé plus haut.
Atlas de la commune de Lathuy (Brabant). Bruxelles, Établissement géographique, 1846. Cahier in f°.

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